Jeunesse
1
Il n'y avait peut-être pas encore pensé. Ce n'était pas de sa faute, ce bureau totalement vide. La surface lisse, pas de poussière aux bords. Max s'assit tout droit, les bras touchèrent au bois, et il ferma les yeux. Il était enrhumé ; quoi d'étonnant au courant d'air qui soufflait à travers la pièce. Ce n'est sans aucun doute qu'il n'avait pas encore pensé à une gomme.
2
Le texte couvrait presqu'une page entière. Max l'avait écrit avec un crayon, comme s'il avait pressenti le ridicule, cette invalidité qui à présent pesa si lourd sur sa pensée. Tout trait, tout particule de caractère dut disparaître, devenir corrigé pour lui et jamais créé pour la mère. Max se leva debout, se mit derrière la chaise et contempla le bureau. Parfois, son regard manquait les choses importantes. La gomme, peut-être était-elle tombée par terre? Max se pencha, non, rien à voir. Déçu, il s'assit de nouveau. Le paragraphe entier devrait disparaître. Il ne pouvait pas le barrer, ceci ne l'effacerait pas, et d'ailleurs le paragraphe ne pourrait plus jamais être impensé. Mais il irait gommer chaque phrase qu'il avait écrite hâtivement par crayon - il n'y avait aucune autre possibilité.
3
Lentement, Max ouvrit le premier tiroir, le regard à peine détourné. Lorsqu'il le refermait autant qu'il était encore capable de voir l'intérieur, il ressentait l'ombre dans le fond du tiroir sur son propre dos. Les yeux prirent un air grave tandis que les muscles faciaux parurent relaxés et en même temps concentrés. De sa main libre, Max toucha au menton. Il inspira profondément et se mit debout en repoussant légèrement la chaise par les cuisses. Les narines tremblèrent et ne causèrent toutefois qu'une faible irritation. Max faufila la main dans le tiroir, puis le bras entier, très doucement, pour ne pas se cogner, et à la fin la tête. Seule la lumière entrant par la fente illuminait vaguement l'intérieur. D'abord, il entraîna la jambe gauche, ensuite la droite. Juste en l'air, dans une position inconfortable, il crut perdre toute gravitation. Le crissement soudain lui démontra cependant que le tiroir venait de se détacher de la fixation.
4
Quand la mère entra dans la pièce, elle vit un des tiroirs par terre. Elle crut que les mouvements rares de ce tiroir résultaient du vent qui soufflait de nouveau à travers l'appartement. Sans avoir continué de réfléchir, en se trouvant devant le bureau, une feuille de papier recouverte de lignes écrites par crayon entre les mains, elle lisait.
(Publication de la version allemande: Lose, Vienne 2007.)